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  CINECO : cinéma itinérant en Cévennes
Cinéco
Cinéma itinérant en milieu rural
Siège social La Paillote 48110 St Martin de Lansuscle
Tél/Fax/Rép
04 66 45 94 41
CNC n° 7388371
cineco@free.fr
www.cineco.org

Adulte 5 euro  
Enfant (-12 ans) 3 euro
Forfait 4 places 16 euro
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vendredi 27 août  : Fête Cineco 
21 h St Martin de Lansusscle
Court métrage 
Concert avec les"II"

juillet,août,sept.2010

séances plein air


mammuth
France, 2010, 1h30
Un film de Gustave Kervern et Benoît Delépine
Avec Gérard Depardieu, Yolande Moreau, Anna Mouglalis ...
Comédie aigre douce Tout public 


Serge Pilardos vient d'avoir 60 ans. Il travaille depuis l'âge de 16 ans, jamais au chômage, jamais malade. Mais l'heure de la retraite a sonné, et c'est la désillusion : il lui manque des points, certains employeurs ayant oublié de le déclarer ! Poussé par Catherine, sa femme, il enfourche sa vieille moto des années 1970, une 'Mammut' qui lui vaut son surnom, et part à la recherche de ses bulletins de salaires. Durant son périple, il retrouve son passé et sa quête de documents administratifs devient bientôt accessoire... 
Une histoire de points de retraite et de patrons exploiteurs : 'Mammuth' aurait pu tourner à la comédie décapante sur la brutalité du monde du travail façon 'Louise-Michel'. Il n'en est rien. Soucieux de ne jamais se répéter, Benoît Delépine et Gustave Kervern donnent à leur nouveau film une direction toute autre : sans totalement délaisser l'aspect revendicatif inhérent à leur cinéma, la quête de leur héros devient vite prétexte à une errance pleine de poésie. Chaque image est travaillée ; chaque plan est, comme toujours chez Delépine et Kervern, composé comme un tableau. Les deux réalisateurs parviennent à déceler, dans la marginalité, l'absurde et le quotidien, une beauté insoupçonnée, une grâce presque fantastique. A l'image d'une Isabelle Adjani ensorcelante ou d'un Gérard Depardieu titanesque, les acteurs sont filmés comme s'ils jouaient pour la première fois, avec une sincérité brute, charnelle, sensuelle, presque naïve. La nuée de seconds rôles (Annegarn, Blutch, Poelvoorde, Lanners…) n'apparaît jamais accessoire : le moindre personnage, même croisé quelques secondes seulement, est campé avec une profondeur remarquable, et sert à merveille le récit. Dans ce monde ouaté et hors du temps, où chaque mot est pesé, Delépine et Kervern prennent soin de ne jamais rester trop longtemps du côté de la mélancolie : leur humour, spontané, tombe toujours juste. Onirique, jamais amer malgré la nostalgie qui le traverse, 'Mammuth' est une odyssée revigorante, chaleureuse, drôle. Et une nouvelle pièce magistrale à ajouter à l'oeuvre atypique du duo Delépine-Kervern. 


solutions locales pour un désordre global
France, 2010, 1h35
Un film de Coline Serreau
Documentaire Acc. dès 12 ans
Des films catastrophistes ont été tournés, des messages alarmistes lancés, ils ont eu leur utilité mais il faut désormais montrer qu'il existe des solutions, faire entendre les réflexions de ceux qui inventent et expérimentent des alternatives. Dépassant la simple dénonciation d'un système agricole perverti par une volonté de croissance irraisonnée, Coline Serreau nous invite dans 'Solutions locales pour un désordre global' à découvrir de nouveaux systèmes de production agricole, des pratiques qui fonctionnent, réparent les dégâts et proposent une vie et une santé améliorées en garantissant une sécurité alimentaire pérenne. 
Après l’échec du Grenelle de l’environnement, ‘Solutions locales pour un désordre global’ tombe à pic. Comme pour raviver l’espoir chez les écologistes déconfits ou les simples perplexes, Coline Serreau part à la rencontre des petites mains et des grands esprits de la révolution écologique de demain. Avec pour seules armes sa caméra HD et son inflexible curiosité, la réalisatrice filme en toute modestie la Terre vue… de la terre, entre solutions et problèmes. D'une recette d’engrais naturel aux malformations anatomiques engendrées par des pesticides chimiques. La démarche est cohérente et incitative. Aux côtés des centaines de David contre Goliath qu’elle interviewe, Coline Serreau convie son public à une symbolique table ronde. Point d’orgue d’une série de "documentaires verts", le film sonne non seulement l’heure du bilan, mais propose des alternatives concrètes à la dérive agro-industrielle mondiale. De la France à l’Inde en passant par le Brésil, l’Ukraine et le Maroc, on apprend à repenser intégralement l’agriculture. A l’heure où "moins d’une semaine d’autonomie alimentaire pourrait être assurée par l’Ile-de-France", le retour à une production locale et respectueuse des sols s’impose. En confrontant inepties gouvernementales et actions efficientes, Coline Serreau bouleverse les certitudes et lève le voile sur une situation effarante et inadmissible. L’indépendance et la liberté qu’elle suggère renforce l’enjeu du propos. A la fois informatif et responsabilisant, le documentaire ouvre la voie à une sérieuse réflexion et offre les clés d’une intervention à l’échelle individuelle. Si "cultiver son jardin devient un acte politique" selon les protagonistes, aller voir ‘Solutions locales pour un désordre global’ relève simplement de l’acte citoyen. 

Alice au pays des merveilles
USA, 2010, 1h49
Un film de Tim Burton
Avec Johnny Depp, Mia Wasikowska , Michael Sheen...
Fantastique Tout public Acc. dès 6 ans
Version française
Alice, désormais âgée de 19 ans, retourne dans le monde fantastique qu'elle a découvert quand elle était enfant. Elle y retrouve ses amis le Lapin Blanc, Bonnet Blanc et Blanc Bonnet, le Loir, la Chenille, le Chat du Cheshire et, bien entendu, le Chapelier Fou. Alice s'embarque alors dans une aventure extraordinaire où elle accomplira son destin : mettre fin au règne de terreur de la Reine Rouge. 
Une blonde qui venge les blondes. C’est d’abord ça, Alice version Burton pour les studios Disney. La réinvention d’un personnage qu’on croyait bien connaître. Une relecture qui vaut restauration. Et la preuve concrète que les grands cinéastes survivent aux exercices de style les plus contraignants. Ce remake en est un. Lorsqu’on est un inventeur de mondes et de climats comme Tim Burton, 51 ans, accepter de pousser une nouvelle fois au fond du trou la petite fille avec la robe bleue comportait une part de risque.
Risque de ne pas être original ; ou bien trop. Risque de trahir l’esprit et l’histoire ; ou de la dénaturer. Mais non. Le réalisateur de Charlie et la chocolaterie a une nouvelle fois trouvé la juste distance entre création absolue et classicisme. Entre échappée gothique et réflexion teintée de mélancolie sur la nécessité de grandir. La première caractéristique du scénario de Linda Woolverton, sur lequel Burton a travaillé ici, est d’apporter du sens à un conte qui en était justement dépourvu, puisque se déroulant dans un univers rêvé.
Le récit est d’emblée prétexte à des fulgurances décoratives et des points d’orgue stylistiques. Alice qui rétrécit, puis devient géante. Alice qui renie la peur et prend son destin en main. Le film doit beaucoup à l’humour hystérique et teinté de spleen que dégage le personnage de Johnny Depp ; et au charisme de la comédienne australienne Mia Wasikowska qui incarne Alice. Tim Burton commence par nous la montrer pâlotte et négative. Avant de se métamorphoser en héroïne indépendante, désobéissante, terriblement moderne. Lewis Caroll avait fait d’Alice une spectatrice de son rêve. Tim Burton la mue en actrice de sa vie. Pour solde de tout… conte ! Magnifique. 

liberté 

France, 2010, 1h51
Un film de Tony Gatlif
Avec Marc Lavoine, Marie-Josée Croze, James Thiérrée...
Drame Musique Accessible dès 8 ans
1943 Une famille de Tsiganes campe en Bourgogne, zone occupée. Conscient du danger qu'ils courent alors que le régime de Vichy parque les nomades, le maire du village veut les aider à se sédentariser. L'institutrice du coin, elle, tâche de scolariser les enfants au défi des superstitions des parents. Quant à p'tit Claude, un orphelin français, il se prend d'amitié pour Taloche, un violoniste aussi dingo que muet… 
Pour la première fois, le cinéma français aborde l'internement et le génocide des Roms pendant la seconde guerre, fait avéré mais longtemps ignoré par les autorités. Au-delà du côté grave et événementiel de son sujet, Liberté n'est pas moins un film d'auteur vivant, rageur, contournant les clichés et fourmillant de personnages libres quitte à passer pour fous, généreux et solidaires jusque dans la transe.
On y reconnaît bien sûr la patte magique de Tony Gatlif (Gadjo Dilo, Latcho Drom, Exils, Swing…), maestro dont toute l'œuvre est guidée par une saine soif de musique et de poésie, d'espace et de liberté. Forte de son casting réussi, cette belle évocation historique résonne aussi, de fait, comme un hommage à tous ceux qui, aujourd'hui encore, prennent la route au péril de leur liberté. Gatlif signe là son film le plus fort et le plus inspiré, mêlant jovialité et pédagogie. 

Le concert

France, 2009, 2h00
Un film de Radu Mihaileanu
Avec Mélanie Laurent, Aleksei Guskov, Dimitry Nazarov ...
Comédie dramatique légère Acc.dès 10 ans 
Cinémascope
A l'époque de Brejnev, Andrei Filipov était le plus grand chef d'orchestre d'Union soviétique et dirigeait le célèbre Orchestre du Bolchoï. Mais après avoir refusé de se séparer de ses musiciens juifs, dont son meilleur ami Sacha, il a été licencié en pleine gloire. Trente ans plus tard, il travaille toujours au Bolchoï mais... comme homme de ménage. Un soir, alors qu'Andrei est resté très tard pour nettoyer le bureau du maître des lieux, il tombe sur un fax adressé à la direction du Bolchoï : il s'agit d'une invitation du Théâtre du Châtelet conviant l'orchestre officiel à venir jouer à Paris... Soudain, Andrei a une idée de folie : pourquoi ne pas réunir ses anciens copains musiciens, qui vivent aujourd'hui de petits boulots, et les emmener à Paris, en les faisant passer pour le Bolchoï ? L'occasion tant attendue de prendre enfin leur revanche... 
A l'origine du 'Concert', il y a un paradoxe. Celui d'une société russe moderne encore tiraillée entre la nostalgie du vieux communisme et la volonté d'intégrer le cercle mondial du capitalisme pur et dur. Un contraste à la fois tragique et comique dont Radu Mihaileanu a su faire la trame de son récit. Derrière les apparences du simple divertissement grand public, le réalisateur évoque le souvenir douloureux de l'URSS de Brejnev il y a trente ans. De cette Russie humiliée et mise à terre. De ses intellectuels brimés, asphyxiés aujourd'hui bien décidés à se relever. Un désir incarné par cette envie désespérée qui anime Ivan, ancien chef d'orchestre du prestigieux Bolchoï, de se rendre à Paris, accompagné de ses anciens compagnons de partition, pour jouer Tchaïkovsky au Théâtre du Châtelet. A la douleur et aux cicatrices de l'oppression, Radu Mihaileanu oppose l'extravagance, l'autodérision et le burlesque. Les traits sont appuyés, les caractères, picaresques. Quand Moscou débarque à Paris, c'est une horde de "barbares" qui envahit une capitale "civilisée" et propre sur elle. Le Russe est indiscipliné, alcoolique, obsédé par l'argent. Le Français est sérieux, guindé et respectueux des règles. Et pourtant, de cette rencontre, de ce "dialogue culturel" au départ impensable va naître l'"ultime harmonie", ce rêve absolu après lequel court chacun des personnages. Une aspiration individuelle à laquelle seul le collectif saura répondre. L'idée prend tout son sens dans ce concert, point d'orgue final du film et mis en scène avec une incroyable virtuosité. Un face à face saisissant entre le soliste et l'orchestre, où chacun devra comprendre les dissonances de l'autre pour parvenir à jouer à l'unisson. 

shrek 4 
USA, 2010, 1h33
Un film de Mike Mitchell
Comédie, fantastique Accessible dès 6 ans
Après avoir vaincu un méchant dragon, sauvé une belle princesse et le royaume de ses parents, que peut encore faire un ogre malodorant et mal léché ? Domestiqué, assagi, Shrek a perdu jusqu'à l'envie de rugir et regrette le bon vieux temps où il semait la terreur dans le royaume. Aujourd' hui, tel une idole déchue, il se contente de signer des autographes à tour de bras. Trop triste... C'est alors que l'habile et sournois Tracassin lui propose un contrat. Shrek se retrouve soudain transporté dans un monde parallèle totalement déjanté où les ogres sont pourchassés, où Tracassin est roi, où Fiona et son bien-aimé ne se sont jamais rencontrés... Shrek va-t-il réussir à déjouer le sortilège, à repasser de l'autre côté du miroir, à sauver ses amis, à retrouver son monde et reconquérir l'amour de sa vie ? 
A l’heure où nous imprimons, le film n’est pas encore sorti. Donc on croise les doigts et on espère vous offrir un moment agréable pour toute la famille.


la tête en friche
France, 2010, 1h22
Un film de Jean Becker
Avec Gérard Depardieu, Gisèle Casadesus, Maurane...
Comédie agréable Accessible dès 8 ans
Germain est l'idiot du quartier, il passe son temps à prendre du bon temps, avec sa copine et ses copains de bistro. Jusqu'à ce qu'il rencontre au jardin public une vieille dame très cultivée qui le fait entrer dans le monde des livres et des mots. Son rapport aux autres et à lui-même en est bouleversé. Mais il n'en perd pas pour autant sa verve et sa lucidité décapantes... 
La Tête en friche devrait sans nul doute ravir les aficionados de Jean Becker. En effet, on y retrouve tout ce qui fit le charme (et le succès) de ses oeuvres passées. Adapté du roman éponyme signé Marie-Sabine Roge, le film porte en lui toute la marque émotionnelle généralement caractéristique du réalisateur. D'ailleurs, beaucoup le lui reprochent très régulièrement. Chacun est libre de ses opinions. Il n'empêche, il se dégage de ses longs métrages une réelle sincérité et un ton particulièrement humaniste qui vous décrassent l'âme. La Tête en friche ne déroge pas à la règle. Il est question d'une rencontre improbable entre deux êtres que tout oppose et qui pourtant vont voir le cours de leur existence changer progressivement au fil d'un contact mutuel. S'ensuit une ode à la Vie, avec tout ce que cela comporte, à savoir de la drôlerie, de la tristesse mais aussi beaucoup d'attendrissement, notamment à l'égard de ces personnages. Ainsi donc, le rythme du film tient non pas sur un enchaînement de péripéties (l'action au sens propre se fait même plutôt rare), mais sur les comédiens. Ils portent à eux-seuls toute l'histoire, finalement d'une très grande simplicité, servis par une mise en scène efficace et des dialogues d'une précision remarquable (rien d'étonnant à cela puisque Jean-Loup Dabadie en est l'auteur). A l'arrivée, La Tête en friche propose un moment de pur détente, où simplicité, performances et intelligence s'allient remarquablement. 

L’arnacoeur
France, 2010, 1h45
Un film de Pascal Chaumeil
Avec Romain Duris, Vanessa Paradis, Julie Ferrier...
Comédie romance Accessible dès 8 ans
Votre fille sort avec un 'sale type' ? Votre soeur s'est enlisée dans une relation passionnelle destructrice ? Votre meilleure amie fréquente un beau gosse qui n'en veut qu'à son argent ? Alors que toutes ces femmes pensent avoir trouvé l'homme de leur vie... vous - leur père, leur mère, leur frère, leur meilleur ami - savez qu'elles se trompent, et ça, vous ne pouvez plus le supporter. Aujourd' hui, il existe une solution radicale et elle s'appelle Alex. Son métier : briseur de couples professionnel. Sa méthode : la séduction. Sa mission : transformer n'importe quel petit ami en ex. Mais Alex a une éthique, il ne s'attaque qu'aux couples dont la femme est malheureuse. Alors pourquoi accepter de briser un couple épanoui de riches trentenaires qui se marie dans une semaine ? 
Pari réussi pour celui qui s'était épanoui jusqu'ici dans les séries pour petit écran. Avec L'Arnacoeur, Pascal Chaumeil brouille les cartes de la comédie fleur bleue made in France, évitant l'écueil de la sempiternelle niaiserie au parfum de guimauve. Le réalisateur signe un premier film libre et spontané, à mi-chemin entre Coup de foudre à Notting Hill et OSS 117. Quatre ans après La Clef de Guillaume Nicloux, on retrouve une Vanessa Paradis au pouvoir de séduction inaltéré mais dont le rôle reste finalement dans l'ombre de la fine équipe de briseurs de couples, menée par un étonnant Romain Duris. Dans un contre-emploi parfaitement assumé, l'acteur fait voler en éclat son vernis socio-dramatique pour endosser le costume de Superdrageur. Sorte de Don Juan d'une société moderne où, définitivement, tout se vend, tout s'achète. A ses côtés, une escouade de choc au potentiel comique inépuisable campé par une Julie Ferrier et un François Damiens absolument irrésistibles. Elle, en logisticienne tout-terrain. Lui, en coeur tendre un peu lourdaud. Si la trame générale reste évidemment sans surprise, le réalisateur signe une réalisation glam' et chic, parfois un peu speed, parfois un peu clip, mais portée tout du long par un rythme enlevé et cavaleur. 

L’illusionniste
France, 2010, 1h20
Un film de Sylvain Chomet
Animation style Tati Dès 10 ans
A la fin des années 50, une révolution agite l’univers du music-hall : le succès phénoménal du rock, dont les jeunes vedettes attirent les foules, tandis que les numéros traditionnels – acrobates, jongleurs, ventriloques – sont jugés démodés. Notre héros, l’illusionniste, ne peut que constater qu’il appartient désormais à une catégorie d’artistes en voie de disparition. Les propositions de contrats se faisant de plus en plus rares, il est contraint de quitter les grandes salles parisiennes et part avec ses colombes et son lapin tenter sa chance à Londres. Mais la situation est la même au Royaume-Uni : il se résigne alors à se produire dans des petits théâtres, des garden-parties, des cafés, puis dans le pub d’un village de la côte ouest de l’Écosse, où il rencontre Alice, une jeune fille innocente qui va changer sa vie à jamais.
Et si Jacques Tati n’était pas tout à fait mort ? On a vraiment l’impression que le réalisateur des Vacances de monsieur Hulot, décédé en 1989, s’est penché sur l’épaule de Sylvain Chomet pour L’Illusionniste. Reprenant un scénario de Tati, le cinéaste est parvenu à rester fidèle à l’esprit du grand cinéaste tout en insufflant à son sujet une dose bienvenue de sa propre personnalité. Cette histoire d’amitié entre un magicien vieillissant et une gamine au sortir de l’enfance émeut et enchante par sa grâce subtile. De l’oeuvre de Tati, Chomet a gardé le sens du burlesque, la richesse visuelle et un ahurissant travail sur le son. Personnage à part entière d’un conte intemporel, Maître Jacques se serait sans doute senti chez lui dans ce dessin animé nimbé de poésie discrète et de charme prégnant. Le monde du père de 'Mon oncle' habite le film tout entier sans écraser malgré tout celui des Triplettes de Belleville, identifiable tant par son graphisme que par son humour sensible, notamment dans les rapports de l’héroïne avec le lapin de son protecteur. Nostalgique sans être passéiste, cette oeuvre touchante en appelle aux enchantements de l’enfance, comme aux renoncements de la maturité. L’Illusionniste offre ainsi des niveaux de lectures variés le rendant accessible à tout âge. La mélancolie durable qui s’empare du spectateur à la toute fin de la projection est tempérée par l’émerveillement d’avoir assisté à la rencontre de deux artistes uniques qui sont parvenus à créer de conserve par-delà la mort et le temps… 

dans ses yeux
Espagne Argentine, 2010, 2h09
Un film de Juan José Campanella
Avec Soledad Villamil, Ricardo Darin, Pablo Rago...
Drame Accessible dès 13 ans
Version originale sous titrée
Oscar 2010 du meilleur film étranger
Cinémascope
1974, Buenos Aires. Benjamin Espósito enquête sur le meurtre violent d'une jeune femme. Vingt-cinq ans plus tard, il décide d'écrire un roman basé sur cette affaire 'classée' dont il a été témoin et protagoniste. Ce travail d'écriture le ramène à ce meurtre qui l'obsède depuis tant d'années mais également à l'amour qu'il portait alors à sa collègue de travail. Benjamin replonge ainsi dans cette période sombre de l'Argentine où l'ambiance était étouffante et les apparences trompeuses... 
Hollywood n’est plus à Hollywood. Dans le cas présent, il est à Buenos Aires où le cinéaste argentin Juan José Campanella a produit, écrit, tourné et monté un film comme les studios américains savaient en faire dans les années 1970, l’âge d’or du Nouvel Hollywood. Avant l’infantilisation du cinéma mainstream amorcée par Lucas et Spielberg dans les années 1980. Campanella a biberonné les thrillers de William Friedkin (French Connection), Sydney Pollack (Les Trois Jours du Condor) ou Alan J. Pakula (Les Hommes du président). L’Académie des Oscars, plus nostalgique qu’avant-gardiste, ne s’y est pas trompée en attribuant à Dans ses yeux la statuette du Meilleur film étranger. Il faut dire que ce thriller vintage a tout pour lui. Un scénario bien ficelé avec une enquête haletante et un coup de théâtre final glaçant qui ferait presque passer le twist de Shutter Island pour un gentil tour de magie. Même l’histoire d’amour, sirupeuse à souhait et déconseillée aux diabétiques, ne parvient pas à enrayer une machine lancée à pleine vapeur et qui, pourtant, prend son temps. Le tout dans un climat poisseux et un Buenos Aires criminogène à la veille du coup d’Etat militaire de 1976. Dernier - ou premier - point fort du film : sa distribution. A commencer par Ricardo Darin, toujours aussi bien en barbu laminé par les années. Javier Godino n’est pas mal non plus en crapule à gueule d’ange. Mais la palme revient à Guillermo Francella, star comique en son pays, ici dans un contre-emploi magnifique. Si on veut pinailler, on peut trouver le tout trop carré. On peut aussi ne pas pinailler.


lola
Philippine - France, 2010, 1h50
Un film de Brillante Mendoza
Avec Anita Linda, Rustica Carpio, Tanya Gomez...
Comédie dramatique Accessible dès 12ans
Version originale sous titrée
A Manille, deux femmes âgées se trouvent confrontées à un drame commun : l'une vient de perdre son petit-fils, l'autre est la grand-mère ('lola') du jeune assassin. 
L'événement tragique, qui sert de point d'ancrage, ne sera pas montré au spectateur afin qu'il ne prenne pas parti. Ce qui intéresse Mendoza ne tient pas du combat manichéen. Faisant fi de tout jugement moralisateur, il préfère montrer les répercussions humaines d'un meurtre (un deuil, une culpabilité) à travers ces deux grands-mères - dont l'une est incarnée par Anita Linda, 87 ans pendant le tournage, plus de 200 films au compteur - toujours dignes, toujours debout, la rage de vaincre, oubliant les douleurs provoquées par l'arthrite. Grâce à leur dénuement, Lola devient une fable sociale sur l'empathie et la bonté où, dans un lieu grouillant régi par le pouvoir de l'argent, l'amour n'a aucun prix. La caméra à l'épaule de Mendoza se fond dans le quotidien pour transmuer l'ordinaire en extraordinaire et dynamiter les codes et les usages de la compassion. Question survie et esthétique, on a rarement vu autant de choses se renverser en une heure de film, ni connu de cinéaste brûlant à ce point la fiction et le documentaire. Il y avait absolument tout dans le sujet pour tirer les larmes, se fourvoyer dans le terrorisme lacrymal, faire un mélo gluant. Rien à faire: on est sous le choc. Ce que Mendoza filme tient du miracle, à la fois animé par une force invisible et dévasté par un ouragan d'émotions. Un film, un vrai de vrai, porté par de bonnes mains et de beaux regards, empreint d'une grâce qui en facilite l'accès et agit violemment sur nous. Le cinéma comme on aimerait qu'il soit toujours et partout. 
Un film éblouissant qui chuchote sa beauté au lieu de la brailler. Mendoza est grand. 

Toy story 3
USA, 2010, 1h40
Un film de Lee Unkrich
Animation Aventure Tout public
Woody le cowboy, Buzz l'Eclair et les autres jouets se retrouvent confrontés à ce qui devait bien arriver un jour : le départ d'Andy pour l'université...
Encore une fois, pour vous permettre de visionner le film dans des délais raisonnables (vous aurez remarqué que les délais entre les fenêtres d’exposition (ciné, location, vente dvd, télé...) pour les films diminuent d’une manière inquiétante), nous le programmons avant sa sortie. Donc impossible de dénicher une critique et donc on recroise les doigts...

tournée
France, 2010, 1h51
Un film de Mathieu Amalric
Avec Miranda Colclasure, Suzanne Ramsey, Linda Maracini...
Comédie dramatique Accessible dès 8 ans
Prix de la Mise en scène - Cannes 2010 
Producteur de télévision parisien à succès, Joachim avait tout plaqué - enfants, amis, ennemis, amours et remords - pour repartir à zéro en Amérique à l'aube de ses 40 ans. Il revient avec une tournée de strip-teaseuses 'New Burlesque' à qui il fait fantasmer la France... Paris ! De port en port, l'humour des numéros et les rondeurs des filles enthousiasment les hommes comme les femmes. Et malgré les hôtels impersonnels, leurs musiques d'ascenseurs et le manque d'argent, les showgirls inventent un monde extravagant de fantaisie, de chaleur et de fêtes. Mais leur rêve d'achever la tournée en apothéose à Paris vole en éclats : la trahison d'un vieil 'ami' fait perdre à Joachim la salle qui leur était promise. Un bref aller et retour dans la capitale s'impose, qui rouvre violemment les plaies du passé... 
Mimi Le Meaux, Dirty Martini, Kitten on The Keys… Des noms en néon illuminent l’écran pour une plongée immédiate au coeur d’une tournée organisée par Mathieu Amalric, alias Joachim Zand. L’histoire d’un producteur de spectacles de retour des Etats-Unis avec dans ses bagages un show New Burlesque. Comprendre des numéros de pin-up, pompons à tétons et plumes à la sauce satire politique et sociale. Un sujet surprenant au service d’un scénario subtil, lumineux et définitivement très drôle. Coécrit par l’écrivain Philippe Di Folco, “jouisseur érudit” selon Amalric, Tournée mêle réalisme et poésie, documentaire et fiction, rythme et contemplation. Offre d’un bout à l’autre la possibilité de déambuler au gré de ses envies dans un moment de vie intense et singulier. On y pioche un désir de vivre vite et fort, d’oublier ses démons, un mal du pays fugace, des signes d’obéissance bête et facile, des rencontres improbables, une paternité maladroitement assumée… Amalric peint par touches. Libre de ses gestes, il pénètre au coeur des scènes, au creux des personnages. Ces femmes, il les filme comme un adolescent observe à la dérobée sa voisine qui s’effeuille à la fenêtre d’en face. Sans fausse pudeur, ni voyeurisme. A une tentative laborieuse de se glisser dans la peau du sexe faible, il préfère pousser discrètement la porte des chambres pour observer ce que disent les corps, ou celles des loges pour entendre piailler, crier et rire. Et quand les femmes s’affichent sur scène, la caméra célèbre le show. Mais derrière ces showgirls qu’il met à l’honneur, se façonne délicatement le personnage qu’incarne le réalisateur. Un homme qui lutte contre sa mélancolie. Un homme qui a quitté un monde pour en trouver un autre. Une résistance singulière. Finalement, l’opus est à l’image de sa fin sublime dans un hôtel abandonné : un paradis perdu pour une vie réinventée. 

l’autre rive
France Géorgie, 2010, 1h33
Un film de Giorgo Ovashvili
Avec Tedo Bekhauri, Galoba Gambaria, Nika Alajajev...
Drame Accessible dès 13 ans 
Version originale sous titrée
A 12 ans, Tedo est contraint à grandir vite. Il vit avec sa jeune mère dans un taudis près de Tbilissi, en Géorgie, depuis que la guerre a ravagé leur province natale, l'Abkhazie, suite à l'effondrement de l'Union soviétique. Au quotidien, Tedo travaille comme apprenti dans un modeste garage, traîne avec d'autres gamins de la rue et s'arrange de petits vols pour ramasser un peu d'argent et éviter ainsi à sa mère de se prostituer. Jeune, il a connu le conflit, l'exil, la dureté de la misère, jusqu'au jour où il décide de partir à la recherche de son père, resté sur 'l' autre rive', au-delà de la frontière, en Abkhazie. Là commence pour Tedo un voyage initiatique à la recherche de ses origines, à travers un pays meurtri par un conflit ethnique qui a laissé de profondes blessures qui peinent encore aujourd'hui à se refermer. 
Entre documentaire et fiction, le cinéaste Giorgo Ovashvili ne sait que choisir. En soi, cela n'est pas très grave. Bien au contraire. Le sujet, bien qu'intimiste, s'inspire d'une histoire vraie, elle-même renforcée par une réalité historique que l'on connait tous. Une guerre, celle qui opposa la Georgie et la Russie en Août 2008. Quelles en sont les raisons ? Divers enjeux, qu'ils soient d'indépendance ou énergétiques (la région possède énormément de pétrole en ses sols). Beaucoup de Georgiens prendront alors la fuite pour échapper au massacre. L'autre rive nous raconte ce qu'il se passe après le conflit, intrigué par le sort d'un enfant et de ses proches. L'acteur principal, Tedo Bekhauri, décrit à travers son seul visage, innocent, triste et marqué, toute cette misère humaine dont il n'est en aucun cas responsable. Ne demandant rien à personne, il se bat désormais pour survivre et retrouver les siens, notamment ce père aujourd'hui absent. Le chemin sera long, empli de nombreuses embûches mais aussi de découvertes. L'émotion n'en est que plus forte. Car c'est de cela qu'il s'agit principalement. L'autre rive offre une effervescence de sentiments qui se dégagent aussi bien de notre esprit que de notre corps. On sourit d'abord, puis on pleure, avant de réfléchir à tout ce que l'on vient de voir. Une oeuvre parfois dure, certes, mais toujours juste.


Certains articles sont extraits du magazine Diagonal, de la revue Première, du site de Télérama http://www.telerama.fr/ ou de M.Cinéma avec l'aimable autorisation des rédacteurs.

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