| juillet
- octobre 2008
J’ai toujours rêvé d’être un gangster
France, 2008, 1h48
Un film de Samuel Benchetrit
avec Laurent Terzieff, Jean-Pierre Kalfon, Jean Rochefort, Anna Mouglalis, Edouard Baer...
Comédie décalée légèrement dramatique
Projectionnistes ATTENTION : format image 1.66
Une cafétéria sombre au milieu d’un parking quasiment vide… Une jeune serveuse vient de s’y faire embaucher. Et ses premiers jours sont mouvementés. Tout d’abord, un braqueur débutant et sans arme va tenter de s’emparer de la caisse. Ensuite, sur le parking, devrait se jouer le paiement de la rançon d’un absurde enlèvement. Deux chanteurs en pleine tournée vont se retrouver par le plus grand des hasards dans les toilettes du bar. Ce sera pour eux l’occasion d’une discussion longtemps repoussée… Enfin, une bande d’anciens malfrats braqueurs de banque, partis, en souvenir du bon vieux temps, à la recherche d’une planque inutilisée va s’y retrouver bien malgré eux.
Des histoires de Pieds Nickelés, de Branquignols de la cambriole, de braqueurs minables de cafèt d'autoroute - et si seulement c'était vraiment d'autoroute, mais il ne s'agit que d'une nationale... Et puisqu'on est dans le petit larcin, l'histoire d'un cinéaste qui pique joyeusement à gauche et à droite, d'Aki Kaurismäki à Quentin Tarantino, de la comédie italienne à Jim Jarmusch, de Georges Lautner aux Deschiens... Dans l'une des parenthèses d'un récit à tiroirs, deux vieux rockeurs, Bashung et Arno, jouant leurs propres rôles, se disputent la paternité d'une chanson (pas n'importe laquelle : Gaby) et rivalisent d'espionnage artistique. J'ai toujours rêvé d'être un gangster ne fait pas l'éloge du plagiat, non, mais de l'admiration inspirante. Voici donc un drôle de film en forme d'hommage. Il est en noir et blanc, l'écran est presque carré comme au temps du cinéma d'avant, et on trouve même, au coeur du premier de ses quatre chapitres, un intermède muet, amusante pantomime illuminée par la présence gracieuse d'Anna Mouglalis.
Un film où il règne un drôle d'humour du dérisoire, sinon du désespoir, et l'on y est aux anges. Une fable déglinguée qui fait preuve d'une passion du cinéma tout à fait rassérénante.
Deux jours à tuer
France, 2008, 1h25
Un film de Jean Becker
avec Albert Dupontel, Marie-Josée Croze, Pierre Vaneck, Alessandra Martines...
Comédie dramatique
Cinémascope
Antoine, la quarantaine, publicitaire, a tout pour être heureux. Une belle situation professionnelle, Cécile, une charmante épouse, deux gosses adorables, une belle maison, des amis… Pourtant, ce jour-là, lors d’une réunion de travail, il envoie tout promener. Son associé lui suggère de prendre des vacances. Antoine refuse et lui vend ses parts. Chez lui, son épouse l’accuse d’avoir une maîtresse. Il se montre méprisant à son égard et prône la séparation. A l’occasion de son anniversaire, ses enfants lui ont fait un dessin : il est odieux envers eux. Ses amis ont prévu une fête chez lui. Malgré le contexte, elle est maintenue. Le soir, Antoine règle ses comptes avec chacun d’entre eux. Le temps d’un week-end, sans raison apparente, Antoine décide de tout saboter dans sa vie...
Les détracteurs de Jean Becker resteront sur leur faim. Ici, le réalisateur ne s’intéresse pas aux « p’tites gens de la France profonde », mais à un bourgeois francilien. Dès le début, DEUX JOURS A TUER conduit le spectateur de surprise en surprise. L’attitude d’Antoine intrigue et déstabilise. Au pétage de plomb, fait écho la rupture conjugale. Et puis, il y a cette soirée entre amis qui se transforme, crescendo, en règlement de comptes. Une scène mémorable, dont on se dit qu’elle va être le tournant de l‘histoire. Celle qui va tout déclencher. Le titre du film, à lui seul, donne à penser qu’un drame va suivre… Mais à la virulente critique d’une société hypocrite succède une seconde partie où l’on retrouve l’univers plus conventionnel de Jean Becker. Difficile d’en dire plus sans prendre le risque de dévoiler le mystère qui accompagne Antoine. Et ce serait dommage. Toujours est-il que d’autres rebondissements surviennent. Ce personnage complexe, sur lequel repose tout le film, cruel, violent, mais aussi émouvant et bouleversant, pouvait être trop lourd à porter pour son interprète. Mais la prestation d’Albert Dupontel se résume en un seul mot : exceptionnelle !
A propos
A voir jusqu'au bout ! Pour Jean Becker, la musique du générique de fin fait partie intégrante de Deux jours à tuer. Lors des projections de presse, la lumière ne se rallumait qu'à la toute fin de la chanson, et il était demandé aux journalistes de l'écouter attentivement.
Bienvenue chez les chtis
France, 2008, 1h46
Un film de Dany Boon
Avec Anne Marivin, Zoé Félix, Kad Merad, Dany Boon, Lorenzo Ausilia-Foret...
Comédie Rire
Cinémascope
Philippe Abrams directeur d'une succursale de la Poste à Salon-de-Provence, fait l'objet d'une mutation disciplinaire : ce sera la Poste de Bergues, dans le Nord. Philippe, homme du Sud, rêvait de soleil et de farniente. Le voilà chez les Ch'tis, dans un monde qu'on lui décrit comme hostile, pluvieux, froid, où les gens ont un drôle d'accent et se saoûlent pour oublier la difficulté de leur condition...
Dany Boon pensait à BIENVENUE CHEZ LES CH'TIS avant de réaliser son premier film. Mais l'auteur-acteur-réalisateur originaire du Nord a préféré prendre son temps avant d'accoucher du projet. Bien lui en a pris. Le résultat dépasse les espérances d'une énième bouffonnerie française au casting verrouillé par des stars comiques. Avec une réalisation sans excès, un peu trop sage même, Boon plonge des personnages banals du Sud dans l'univers banal du Nord, laissant au mini choc des cultures le soin de guider sa trame. Le principe est attendu, mais la façon dont Boon met en place le poids des préjugés sur les Ch'tis est hilarant. Le héros passera son temps à comprendre les autres, les Ch'tis à l'accent impossible, ses collègues et leurs histoires de cœur emberlificotées, mais aussi sa femme, à la psychologie bien tordue. Dans le monde hostile de Bergues, le héros sans repères se révèle et retrouve le nord. Au-delà des dialogues au cordeau et des passages farces, cette humanité donne son sel au film, qui en devient attachant.
Horton
USA, 2008, 1h35
Un film de Steve Martino et Jimmy Hayward
Animation Dès 3 ans
Lorsqu’il entend un nuage de poussière crier à l’aide, l’éléphant Horton se précipite pour l’aider, bien qu’il n’y voit personne. Pourtant, il apprend rapidement que le nuage est le foyer de minuscules êtres, les Zous et décide de les protéger coûte que coûte, quitte à passer pour fou auprès de ses voisins. Mais rapidement, sa quête est prise en grippe par Madame Kangourou, qui y voit là une folie pouvant mettre la jungle sans dessus dessous. Elle va tout faire pour stopper Horton.
C’est incontestable : l’univers loufoque et délirant du feu Dr Seuss, mythe américain de la littérature enfantine, supporte mieux l’animation que la prise de vue réelle. Malgré les performances respectives de Jim Carrey et Mike Myers, LE GRINCH et LE CHAT CHAPEAUTE n’avaient pas convaincu, loin de là. Tout aussi bariolé, HORTON se montre lui beaucoup plus drôle et moins hystérique. Son ton particulièrement vif, décalé et bourré de petites blagues plaira aux enfants. Les parents, eux, savoureront la qualité de l’animation et la richesse de l’univers imaginé par le Dr Seuss. Si elle est bien présente, la morale sur l’importance de la différence est ici livrée avec délicatesse, loin des sirènes pompeuses à la Disney. A tous les niveaux, HORTON prouve à quel point les studios d’animation de la Fox, à qui l’on doit notamment la saga L’AGE de GLACE rattrapent leur retard sur leurs concurrents, Dreamworks et Pixar. HORTON n’a absolument pas à rougir devant un SHREK ou un MADAGASCAR. Bien au contraire, il constitue le haut du panier dans un monde de l’animation de plus en plus perfectionniste.
JUNO
USA, 2008, 1h31
Un film de Jason Reitman
Avec Ellen Page, J.K. Simmons, Allison, Michael Cera, Jason Bateman...
Comédie dramatique légère
Version française
Proposé par les ados de l'Oustal
L’été de ses 16 ans, Juno McGuff perd sa virginité avec son ami de toujours, le timide et ringard Paulie, et tombe enceinte. Après y avoir réfléchi et songé à l’avortement, la jeune fille décide de faire le bonheur d’une famille en menant sa grossesse à terme et en offrant son enfant à l’adoption. Soutenue par son père et sa belle-mère, elle rencontre par le biais d’une petite annonce Mark et Vanessa Loring, qui essaient d’avoir un bébé depuis plusieurs années. L’accord entre Juno et le couple est passé. Débutent alors neuf mois durant lesquels la jeune fille va devoir faire preuve d’une grande maturité…
Le sujet de JUNO aurait pu donner lieu à un drame débordant de pathos. En lieu et place, Jason Reitman et sa scénariste Diablo Cody construisent avec succès une histoire fraîche et insolente comme son héroïne. Entièrement porté par ses personnages, JUNO est tout d’abord l’occasion de découvrir ou redécouvrir la jeune comédienne Ellen Page, probable future grande star, qui livre là une performance redoutable d’adolescente gouailleuse mais fragile, sûre d’elle mais timide. La complexité de son âge, période de doutes où l’on doit pourtant construire sa personnalité, est dépeinte avec une légèreté émouvante, loin des clichés (dramatiques ou comiques) souvent de mise dans les films pour et sur les ados. Diablo Cody, via des situations émouvantes traitées avec finesse (la relation entre Juno et son père, le désir maternel contrarié du personnage campé avec grâce par Jennifer Garner) et de dialogues hilarants, décrit avec tendresse et causticité les états d’âme de ses héros. La mise en scène de Jason Reitman reste intelligemment en retrait. Enserré dans un écrin si délicat, JUNO s’affirme comme un film au charme évident, qui, sans être révolutionnaire, laissera sans conteste un doux souvenir dans la mémoire du spectateur.
It’s a free world
Royaume Uni, Italie, 2008, 1h36
Un film de Ken Loach
Avec Kierston Wareing, Juliet Ellis, Leslaw Zurek, Branko Tomovic...
Comédie dramatique sociale
Prix du Scénario - mostra de Venise
Version originale sous titrée
Licenciée d’une agence de recrutement pour mauvais comportement, Angie décide de s’associer avec Rose, sa colocataire, pour lancer sa propre société… une autre agence ! Les deux amies décident de travailler depuis leur cuisine et ciblent les immigrés du quartier qui cherchent un travail à tout prix.
Après une nouvelle interlude historique (LE VENT SE LEVE), Ken Loach reprend le flambeau du combat quotidien. Nouveau dossier, ouvert avec son inséparable scénariste Paul Laverty : celui des ouvriers immigrés et des agences de placement. Pour pousser son cri percutant contre l’injustice sociale et la précarité, Loach dresse le portrait d’une jeune femme ambitieuse - épatante Kierston Wareing - prisonnière d’un système qui l’obligera à perdre son humanité. Un portrait dense et plein de relief, qui renvoie chacun à sa propre conscience tout en évitant le manichéisme et la complaisance. Comme à son habitude, le cinéaste anglais ne se pose pas en juge mais en observateur. Un art dans lequel il est passé maître, lui le chantre de la sobriété. Comme chez les Dardenne, le réalisme ne nuit aucunement aux émotions, bien au contraire. Car la force du propos est là, pour bouleverser et révolter, entre l’exposition de situations désespérées et l’exploration implacable d’un système pourri, dont les puissants n’ont aucune envie de sortir.
À BORD DU DARJEELING LIMITED
USA, 2008, 1h41
Un film de Wes Anderson
Avec Jason Schwartzman, Bill Murray, Anjelica Huston, Adrien Brody, Owen Wilson...
Comédie tendre et loufoque
Cinémascope
Version originale sous titrée
Après la mort de leur père et la disparition de leur mère, trois frères américains qui ne se parlent plus partent s’évader en Inde, afin de se retrouver et de ressouder les liens familiaux. Leur périple se fait en train, sous l’impulsion de l’aîné, Francis, qui souhaite vivement renouer avec ses frangins. Mais, suite à un enchaînement d’événements cocasses, ils sont expulsés du train, et se retrouvent au milieu de nulle part, avec tous leurs bagages. Un nouveau voyage commence, au cours duquel ils sont amenés à en apprendre davantage sur eux-mêmes et sur l’Inde que ce à quoi ils s’attendaient.
Avec Wes Anderson, pas besoin d’attendre le générique de fin pour d’éventuels gags et clins d’œil. Une séquence d’ouverture dantesque, TAXI revisité à la sauce burlesque avec un invité surprise, et voilà THE DARJEELING LIMITED lancé sur de bons rails en un tour de mains. Jamais ensuite la locomotive ne ralentira, desservant à bon train les arrêts du rire, de l’émotion et des idées. Car tout le talent de Wes Anderson et de ses compagnons d’écriture - l’acteur Jason Schwartzman et le réalisateur Roman Coppola - c’est ce ton à la fois tendre et burlesque qui, sous couvert de quelques bonnes vannes et situations loufoques, véhicule une vraie tendresse pour des personnages pleins de relief. Trois portraits colorés, esquissés avec virtuosité et portés par un trio d’acteurs éclatant. Nouveau dans l’univers « Andersonien », Adrien Brody, en caleçon un plan sur deux, ne semble nullement paumé et réalise la performance la plus délurée et enthousiasmante. Film après film, Wes Anderson continue de faire preuve d’un talent sans borne et d’un détachement jubilatoire. Même si THE DARJEELING LIMITED n’atteint pas les sommets de LA VIE AQUATIQUE, c’est un voyage que vous vous devez de ne pas rater.
Les toilettes du pape
Uruguay, 2008, 1h30
Un film de César Charlone et E. Fernandez
Avec Virginia Mendez, Virginia Ruiz, Mario Silva, César Troncoso, Nelson Lence...
Comédie sociale
Version originale sous titrée
Nous sommes en 1998, et le pape Jean-Paul II va effectuer un passage à Melo. On prévoit que 50.000 personnes vont venir assister à sa visite. Les habitants les plus humbles du village croient que s’ils vendent à manger et à boire à cette multitude de badauds, ils deviendront riches. Beto, un contrebandier en vélo, décide de fabriquer dans sa cour des toilettes, et de les louer. Pour y arriver, il doit endurer une série de difficultés tragi-comiques. Il n’y aura finalement que 8.000 fidèles. Personne ne vendra rien, et seule une vieille femme utilisera les latrines. Le rêve de Beto s’évanouira mais, au fil du temps, sa fille aura réussi à mieux le comprendre. Et peut être même à l’aimer.
Pour leur premier film, Enrique Fernández et César Charlone ont été confronté à un risque non négligeable d’échec en associant des acteurs professionnels chevronnés, d’autres, amateurs, et des habitants de Melo qui n’avaient jamais joué ni affronté une camera. Malgré cela, l’amalgame s’effectue parfaitement et l’on s’attache rapidement à cette petite communauté de sympathiques contrebandiers à bicyclette. Ils enfreignent la loi et entendent faire du business avec la venue du pape ? Oui, mais c’est pour essayer de survivre et non pour s’enrichir. Histoire à la fois drôle et amère, voire même triste à la fin, en dépit de quelques notes d’espoir, EL BAÑO DEL PAPA, s’apparente, par sa dimension sociale et par sa réalisation (aspect critique de l’autorité, tournage en prise directe avec la rue), à un courant du cinéma italien, le néoréalisme, mais aussi, par d’autres côtés, à une autre spécialité transalpine : la comédie. Une première œuvre réussie pour deux réalisateurs prometteurs.
Indiana Jones 4
LE ROYAUME DU CRÂNE DE CRISTAL
USA, 2008, 2h03
Un film de Steven Spielberg
Avec Harrison Ford, Karen Allen, Shia LaBeouf, Cate Blanchett, John Hurt...
Aventure Action
Cinémascope
Version française
L'archéologue le plus connu de la planète est de retour pour une quatrième aventure. Accompagné de nouveaux acolytes, il part à la recherche du mythique Crâne de Cristal. Mais quelle en est l'origine et les pouvoirs ?
Autant le dire d’entrée : Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal ne nous a pas déçus. A ceux chez qui le film suscite cette attente très particulière que la saga de Spielberg (à la mise en scène) et Lucas (inventeur du personnage et producteur) a su nourrir depuis sa création il y a vingt-cinq ans, on peut affirmer que le contrat est rempli. Certes, on pouvait espérer que ce volume IV des aventures de l’archéologue baroudeur nous entraîne au-delà des conventions que ses créateurs ont eux-mêmes inventées. C’est sans doute demander l’impossible à Spielberg, dont le surmoi artiste ne prend jamais le risque de supplanter la raison du box-office : il tient ses promesses, et ce n’est déjà pas si mal.
les citronniers
Israël Allemagne France, 2008, 1h46
Un film de Eran Riklis
Avec Ali Suliman, Tarik Kopty, Rona Lipaz-Michael, Doron Tavori, Hiam Abbass..
Drame
Version originale sous titrée
Salma vit seule dans un petit village palestinien de Cisjordanie à la frontière avec Israël. Veuve, elle subsiste grâce aux faibles revenus que lui procurent ses citronniers, hérités de son père, comme la maison familiale. Un jour, sa vie est bouleversée quand le Ministre de la Défense israélienne et son épouse, Mira, viennent s’installer dans le voisinage. Un mirador, des clôtures et des barbelés sont implantés, mais pour les services secrets, il faut aussi arracher les arbres fruitiers pour des raisons de sécurité. Malgré le dédommagement proposé, Salma entend sauver ses précieux citronniers. Aidée de Ziad, un jeune avocat palestinien, elle ira jusqu’au bout, y compris devant la Cour Suprême israélienne.
Il y a bien des points communs entre LES CITRONNIERS et LA FIANCEE SYRIENNE, la précédente fiction de Eran Riklis. Ainsi, le réalisateur dirige à nouveau Hiam Abbass, pour la seconde fois il co-écrit le scénario avec Suha Arraf, l’histoire a pour toile de fond le conflit israélo-arabe, elle se déroule à la « frontière » israélienne et, dans l’un comme dans l’autre, le cinéaste dresse de beaux portraits de femmes fortes (magnifique Hiam Abbas, tout en retenue) qui essaient de lutter contre l’oppression. Avec LES CITRONNIERS, on serait ainsi tenté de reprocher à Eran Riklis de choisir la facilité et de nous servir du réchauffé. Classique dans sa manière de raconter, mais sans être pour autant académique, le réalisateur parvient cependant à provoquer un sentiment d’empathie chez le spectateur. On est ému par le drame que vit Salma et son combat, comme on est sensible à la lente émancipation de Mira. Deux femmes dont les « petites histoires » rejoignent la grande, tragique, du Proche-Orient. Deux femmes qui pourraient être amies, mais qui ne peuvent le devenir en raison des interdits, du poids des préjugés, en bref, de l’absurdité des hommes.
un conte de Noël
France, 2008, 2h30
Un film de Arnaud Desplechin
Avec Catherine Deneuve, Emmanuelle Devos, Mathieu Amalric, Jean-Paul Roussillon, Anne Consigny...
Comédie dramatique
Cinémascope
Henri a de gros ennuis professionnels et financiers. Pour éviter à leur père Abel d’hypothéquer, Elizabeth décide de payer les dettes de son frère, à condition qu’Henri disparaisse de sa vie et de la famille. Cinq ans passent, Noël approche. Junon, la mère, apprend qu’elle a un cancer rare, qui couve, et que seul un donneur descendant et compatible pourrait sauver, grâce à sa moelle osseuse. Tout le monde se réunit dans la maison d’Abel et Junon à Roubaix. L’aînée Elizabeth, son fils ado perturbé Paul et son mari Claude. Le cadet Ivan, sa femme Sylvia et leurs deux garçons. Le cousin Simon. Et Henri, convié par Paul, qui débarque avec Faunia. Retrouvailles, confrontations, révélations, secrets consanguins, ce noël va bouleverser le cercle familial.
Irrémédiablement travaillé par l’individu et le collectif, le doute et l’agitation, l’intime et la mort, Arnaud Desplechin revient quatre ans après ROIS ET REINE, avec un ballet hivernal magistral. Le lien familial nourrit ici un récit tentaculaire, d’une densité rare, où les ombres du passé et les éclats du présent s’entrechoquent avec fracas. Mais aussi avec malice, car, au-delà des traumas enfouis et du tragique qui menace, la vivacité et l’ironie des vivants mènent la danse. Le cinéaste/orfèvre déroule ainsi son kaléidoscope humain avec maestria : mise en scène et montage embarquent le spectateur dans un voyage nourri de jeux avec les codes (ouverture à l’iris), les accélérations et les respirations, où chaque convive a son histoire et existe à l’écran, comme autant de voiles qui se dévoilent. Dans cet univers provincial et bourgeois, où l’on brique l’argenterie, où l’on va à la messe de minuit et où l’on invite la « bonne amie » de l’aïeule, on reste aussi rock’n’roll, en affirmant « c’est moi qui ai un cancer » et « je ne t’ai jamais aimé » avec le sourire, ou « toi tu comptes pas », avant de s’en prendre une. Enfin, les interprètes de ce bal tragi-comique étincellent, des membres fidèles du pays des merveilles de Desplechin (Amalric, Devos, Roussillon, Girardot) aux néophytes (Poupaud, Consigny), et Catherine Deneuve règne de son aura terriblement humaine, quand elle s’emballe comme quand elle s’écroule. Eblouissant.
CinéConcert
Samedi 12 juillet FLORAC
Théatre de verdure (Parc Paul Arnal)
Une toile sous les étoiles, un film muet de 1924 au carrefour de l’expressionnisme et du réalisme, sonorisé en direct par 3 musiciens du groupe Mygük
Le Dernier des Hommes de F.W. Murneau
A Berlin, un vieux portier de palace se voit remplacer et reléguer à l'entretien des sanitaires. Sans son prestigieux uniforme, grâce auquel il tirait fierté et respect, il n'est plus, aux yeux des autres, que "le dernier des hommes".
Ce drame social et humain de F.W. Murnau reste un chef d'œuvre du cinéma muet. La création proposée par Mygük, resserrée autour d'un violon, claviers, guitare électrique et percussions, donne au film une nouvelle jeunesse. Cet accompagnement musical apporte une lecture fine et personnelle, tout en sensibilité et en tension, en adéquation avec l'intériorité du vieux portier.
www.myguk.com
www.myspace.com/myguk
Y’aura de quoi Boire et Grignoter
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Repli à la Genette Verte en cas de pluie
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extraits du magazine Diagonal, de la revue Première, du site de Télérama
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