Entre les deux énormes masses granitiques qui
constituent le mont Lozère (1.702 m.), au Nord, et le mont Aigoual (1.560 m.), au Sud,
s'étendent "les Cévennes" proprement dites.
Elles forment des chaînes sinueuses et parallèles, aux crêtes déchiquetées de 700 à
1.200 mètres d'altitude, qui délimitent une série d'étroites vallées dans lesquelles
coulent les Gardons: Gardon de Saint-André, de Sainte-Croix, de Saint-Martin, de
Saint-Germain et de Dèze.
Ils forment après leurs jonctions deux grands cours d'eau : le Gardon d'Alès et le
Gardon d'Anduze qui, fusionnant leurs eaux à Ribaute, donnent "le Gard".
Ces pittoresques vallées fermées se terminent brusquement. On les appelle des
"vallés borgnes".
Elles sont barrées par des crêtes qui forment la ligne de partage des eaux entre la
Méditerranée et l'Océan. Comme le versant méditerranéen est plus à pic, l'action
destructive des eaux s 'y exerce avec force. Elle creuse et ronge le sol, faisant reculer
peu à peu la limite des crêtes, Si bien que le versant méditerranéen finit par
"capter" des sources et des ruisseaux qui, autrefois, allaient se jeter à
l'Océan !

Parmi ces vallées, l'une des plus pittoresques et des plus riantes est celle de
Saint-Germain-de-Calberte. Encadrée par l'énorme masse de Vieille-Morte (927 m.), la
crête aiguë de Moncamp (980 m.), la serre aride des Mattes et les contreforts du
Montmars (1.166 m.) qui se prolongent par les rochers de Galta et de l'Esclop, elle est
creusée dans des schistes lamelleux, à l'aspect soyeux, aux reflets métalliques, qui
scintillent au soleil comme des fragments de miroir.
Ils donnent au paysage un aspect caractéristique; et aux routes une poussière onctueuse
et glissante, qui fait déraper aisément les véhicules.
Ces schistes sériciteux renferment de nombreux filons de quartz (*), bIanc laiteux ou
rosé, qui font des taches claires sur les masses schisteuses brunâtres dont l'aspect,
sans eux, serait monotone.
Quelques-uns de ces quartz renferment de minuscules paillettes d'or que l'on retrouve dans
les sables du Gard, mais en quantité trop faible pour permettre une exploitation
productive.
* Le quartz est constitué par de la silice. Lorsqu'elle est pure, elle forme le cristal
de roche; teintée de violet, elle donne l'améthyste; veinée, elle donne l'agate; non
cristallisée et mêlée d'impureté, elle constitue le siIex ou pierre à feu.
Les couches ondulées, contournées, tourmentées, forment au sommet des montagnes comme
de gigantesques écailles. Elles représentent une des parties les plus anciennes du sol
de France.
C'est le noyau primitif autour duquel nos grandes plaines se sont formées, il y a un
nombre incommensurables de siècles ! Saint-Germain-de-Calberte est situé au fond de la
vallée, sur une large terrasse qui surplombe la rivière. Couverte de châtaigniers
séculaires, dont le feuillage clair masque en partie les maisons, la petite
agglomération donne l'impression d'un nid de verdure.
C'est cet aspect, très particulier, qui lui a valu son nom: Calberte-signifiant, en
patois, un endroit ensoleillé et verdoyant (cala verda).
Le pays fut d'abord habité par des tribus gauloises appartenant aux Volces Arécomiques,
dont les descendants s'appellent encore aujourd'hui: des raïols. Ils avaient comme voisin
immédiats les Gabales (gavots).
Il y a toujours eu une certaine opposition entre ces deux groups d'hommes. Les premiers,
plus ouverts, acceptèrent très vite la civilisation et la domination romaine; les
autres restèrent longtemps opposés aux envahisseurs étrangers et soutinrent
Vercingétorix et les Avernes dans leur luttes contre Jules César.
Les Vandales et les Wisigoths envahirent successivement le pays et le dévastèrent.
Les Sarrasins, à leur tour, s'emparèrent d'une partie de la contrée. Ils furent
arrêtés par l'armée de Charlemagne, dans une vallée voisine de Saint-Germain.
Roland, d'après la légende, les aurait battus à Moissac, leur interdisant
l'entrée de la vallée qui, depuis lors, porte le nom de "Vallée Française".
C'est en souvenir de ce fait d 'armes qu'on aurait, paraît-il, érigé la petite
église de la Boissonade, toute en pierres noires. Elle est transformée en temple
aujourd'hui.
La fondation de Saint Germain se perd dans la nuit des temps !
D'après la tradition, la première agglomération appelée Calberte, aurait été
construite dans la vallée, au pied du Château de Saint-Pierre. Ce vieux burg,
démoli en partie depuis longtemps, ne présente plus que des ruines pantelantes: une tour
décapitée et lézardée, un donjon démantelé, une petite chapelle en partie
effondrée. Un début d'escalier descendant à pic sur le Gardon et un bout de souterrain
ont servi d'amorce à une légende.
C'est du haut de l'escalier qu'un seigneur, brutal et vindicatif, aurait précipité dans
la rivière une malheureuse châtelaine, accusée injustement d'infidélité. Les nuits
d'orage, à la lueur des éclairs, on voit, paraît-il, sa silhouette se profiler sur le
haut du donjon...(?)
Un prieuré dédié à à Saint Germain, ayant été construit sur la belle plateforme qui
domine la vallée, les habitants de Calberte seraient venus s 'installer près des moines.
Le pape Urbain V, originaire. de la Lozere, et qui avait toujours gardé un grand
amour pour son pays natal, fit reconstruire et agrandir l'église de Saint-Germain et dota
la cité naissante d'un "studium", sorte d'ecole avec internat, pour les jeunes
gens pauvres de la Lozére. Ils venaient y faire des études. Chaque année, ils
allaient à pied, sous la direction d'un ecclésiastique, présenter leurs examens à
Avignon ou à Montpellier !
Saint-Germain, comme toutes les vallées cévenoles, eut beaucoup à souffrir du
passage des routiers anglais qui pillaient la région.
En 1380, le connétable Du Guesclin délivra enfin le pays, en s' 'emparant de
Châteauneuf-de-Randon, véritable nid d'aigles, qui était devenu leur ultime forteresse.
La réforme fut apportée dans la région par un modeste colporteur anonyme
"auparavant libraire à Genève". Saint-Germain et ses environs embrassèrent
avec enthousiasme la foi nouvelle.
Les habitants fournirent des soldats à Coligny et, plus tard, ils luttèrent
contre l'armée de "la Ligue". Malgré les persecutions et les troubles, ils
restèrent attachés à la cause du Roi comme tous les habitants des Cévennes. Leur
loyalisme les fit surnommer "les royaux" (en patois, raïols), nom qui est
resté synonyme de Cévenol.
L'édit de Nantes, en 1598, rendit le calme et la prospérité au pays. Malheureusement,
cet état de chose ne dura pas longtemps.
Le roi Louis XIV, mal conseillé, oubliant ceux- qui l'avaient aidé à affermir sa
couronne, révoqua l'édit de Nantes le 18 octobre 1685.
Plusieurs abjurèrent ; quelques familles fortunées quittèrent le pays et
émigrèrent à l'étranger.
Dautres, pour ne pas abjurer leur foi, se cachèrent dans les bois ou dans des jasses
éloignées.
Le marquis de Saillans, quelques années après la Révocation, vécut plusieurs
mois dans une petite grotte creusée dans les rochers, au dessus du château, de
Saint-Pierre. Un jour, la' fumée qui sortait de la grotte fit découvrir sa retraite et
il fut arrêté.
On installait des dragons, "missionnaires bottés", chez ceux qui
voulaient résister. Ces soldats, mercenaires étrangers pour la plupart, se livraient
chez l'habitant à toutes sortes de vexations.
Leur brutalité est restée proverbiale dans les Cévennes où l'on garde encore le
souvenir terrifiant des "dragonnades".
Pour mieux surveiller la vallée, du reste, des détachements étaient cantonnés
à Saint Etienne Vallée Française et aux Ayres.
Saint-Germain devient le centre d'activité du trop célèbre abbé du ChayIa,
inspecteur des missions en Cévennes, archiprêtre de la paroisse ; il y travaille avec un
zèle fanatique à "extirper l'hérésie".
Malgré sa surveillance, des assemblées religieuses nocturnes ont lieu de temps à
autre. Deux d'entre elles ont été marquées par des incidents dramatiques.
La première se réunissait dans une jasse au pied du sommet de Galta. Le plancher du
premier étage s 'effondra sur les assistants.
La seconde se réunissait au Claouzélet, dans une gorge profonde du Gardon. Elle fut
découverte par les dragons qui, dans la nuit, sabrèrent la foule.
Plusieurs personnes affolées, voulant traverser la rivière, furent emportées et
noyées par le courant qu'une crue récente avait rendu très rapide.
Les prédicants' Manoel, Vivent, Corteiz vinrent quelquefois réconforter ces
pauvres gens. Quand la persécution se relâcha, les assemblées se tinrent dans la gorge
de l'Elzière-Escure, au pied de Moncamp.
Un peu plus haut, se trouve, sous un rocher escarpé, la double "Grotte des
Camisards", où les prédicants allaient se cacher et se reposer.
En 1825, à la suite d'un magnifique mouvement d 'enthousiasme religieux, le temple
fut rebâti. Comme sous Néhémie,chacun s'était mis à l'oeuvre et apportait,
suivant ses possibilités, les pierres, le bois, la main-d'oevre nécessaires à la
construction.
Sa masse imposante se dresse aujourd'hui au flanc d'une montagne..."
Extrait de "Nos Jeunes"
D'après : LE CADRE DU CAMP, Dr. L. PERRIER
Société Cévenole de Pédagogie, 1928
Montpellier. - Imprimerie Causse, Graille et Castelnau,
7. rue Dom-Vaissette
autres sites histoire
Les trépanations crâniennes préhistoriques dans la région des Grands Causses,
dans le Sud de la Francehttp://loic.hibon.free.fr/trepatexte.html...
prehistoire du Sud du Massif Central http://causses-cevennes.com/histoire/prehistoire.htm..prehistoire
Le pays des Causses, Cévennes & Gorges du Tarn......de Cro-Magnon. I l
habitait les Causses et les Cévennes, parcourait les.
Histoire de la SPELEOLOGIE / E.A.Martel members.aol.com/bkliebhan/spelhist/mar-fra.htm
histoire des causses et cevennes, http://causses-cevennes.com/histoire/
